Article fondé sur : Le Gleut (2024), sous l’encadrement de Le Garec et Brisset, et complété par les recommandations de l’American Speech-Language-Hearing Association [ASHA] (s.d.) et du NHS (s.d.).
Quand un enfant parle facilement à la maison mais reste silencieux à l’école, au sport, chez le médecin ou face à certains adultes, on entend souvent les mêmes phrases : “il est timide”, “elle ne veut pas répondre”, “il faut juste le pousser un peu”.
Pourtant, dans certains cas, il ne s’agit ni de timidité simple, ni d’opposition, ni d’un manque d’éducation. Il peut s’agir d’un mutisme sélectif, c’est-à-dire d’un trouble anxieux qui empêche l’enfant de parler dans certaines situations sociales, alors qu’il en est capable dans d’autres. L’enfant veut souvent parler, mais il n’y arrive pas.
Dans cet article, je me concentre volontairement sur les aspects logopédiques du mutisme sélectif : ce que cela change dans la communication, ce que le logopède observe, ce qu’il évalue réellement, et ce que les parents et les enseignants peuvent mettre en place concrètement.
Le mutisme sélectif correspond à une incapacité persistante à parler dans certaines situations sociales, par exemple à l’école, alors que l’enfant parle dans d’autres contextes, souvent à la maison. Pour retenir ce diagnostic, cette difficulté doit durer au-delà du premier temps d’adaptation, avoir un retentissement scolaire ou social, et ne pas être mieux expliquée par une méconnaissance de la langue ou par un autre trouble.
Le guide rappelle aussi un point fondamental : les personnes avec un mutisme sélectif savent ce qu’elles veulent dire et veulent s’exprimer, mais elles en sont incapables à cause d’une anxiété sévère.
Exemple concret :
un enfant peut raconter sa journée, poser des questions, plaisanter et négocier à la maison. Mais, à l’école, il ne répond pas à l’appel, ne demande pas pour aller aux toilettes, ne dit pas qu’il ne comprend pas, et peut rester complètement figé quand on s’adresse à lui. Ce contraste est très parlant.
C’est probablement le message le plus important pour les familles et les enseignants. L’enfant avec un mutisme sélectif ne “choisit” pas de se taire. Il ne fait pas exprès. Il ne cherche pas à défier l’adulte. L’enfant ne refuse pas de parler mais est littéralement incapable de le faire dans certaines situations sociales.
Sur le terrain, cela change tout. Si l’adulte interprète le silence comme un refus, il risque d’augmenter la pression. Or, cette pression renforce souvent l’anxiété, et donc le blocage.
Un enfant timide peut hésiter dans une situation nouvelle, puis se détendre progressivement.
Un enfant avec un mutisme sélectif peut, lui, rester bloqué malgré le temps, les habitudes et la bonne volonté de l’entourage. Le problème n’est donc pas seulement un manque d’aisance sociale. Il s’agit d’un trouble plus intense, plus durable et plus invalidant.
Le diagnostic différentiel doit être réfléchi : il faut distinguer le mutisme sélectif d’autres tableaux possibles, comme certains troubles neurologiques, une surdité, une aphonie psychogène, un trouble du spectre de l’autisme ou un trouble du langage isolé. C’est une des raisons pour lesquelles l’évaluation doit être sérieuse, progressive et pluridisciplinaire.
Le mutisme sélectif est un trouble anxieux, mais ses conséquences se voient d’abord dans la communication. C’est précisément pour cela que le logopède a un rôle important. Il intervient dans :
En pratique, le logopède ne regarde pas seulement si l’enfant parle ou ne parle pas. Il cherche à comprendre :
De nombreux enfants présentant un mutisme sélectif ont aussi des troubles associés ou des difficultés dans le domaine du langage ou de la parole. Il cite notamment des difficultés possibles en narration (comprendre et raconter une histoire), en morphosyntaxe (comprendre et dire des phrases), en articulation (prononciation), en phonologie (sons) et de la mémoire auditivo-verbale.
Les enfants avec un mutisme sélectif produisent des récits plus courts que des enfants avec une phobie sociale, malgré des capacités cognitives non verbales et une compréhension orale comparables, ce qui suggère l’existence possible de difficultés à ne pas négliger.
Cela ne veut pas dire que tous les enfants avec un mutisme sélectif ont un trouble du langage. Cela veut dire qu’il faut éviter deux erreurs opposées :
Le rôle du logopède est justement d’aller plus loin que cette opposition simpliste.
Plusieurs signes d’alerte sont utiles. Un enfant peut :
La capacité de prise de parole dépend souvent de trois facteurs principaux, à savoir le lieu, les personnes et les activités. Cette observation est très utile pour les parents, les enseignants et les logopèdes car elle permet de mieux comprendre pourquoi un enfant peut parler dans un contexte mais pas dans un autre.
Il est utile de demander une évaluation quand :
L’évaluation s’appuie sur les parents, les enseignants, les autres professionnels, et l’enfant lui-même quand c’est possible. Il est recommandé une anamnèse détaillée, l’analyse des habitudes de parole, l’usage de questionnaires, l’observation du comportement et, si besoin, l’utilisation d’enregistrements audio ou vidéo réalisés à la maison.
Le logopède peut évaluer, selon ce que l’enfant permet :
Le logopède peut également propose des adaptations très concrètes selon le profil observé :
L’évaluation doit être multifacette parce que les difficultés sociales, la variabilité selon le contexte et les comorbidités compliquent le bilan si l’on utilise une approche trop rigide.
Le but n’est pas de “faire parler coûte que coûte”. Le but est d’élargir progressivement les possibilités de communication de l’enfant, sans le mettre en échec. Il existe plusieurs principes utiles :
Il y a une progression clinique :
Exemple concret en séance :
au lieu de demander d’emblée “Qu’as-tu fait ce week-end ?”, le logopède peut commencer par un jeu côte à côte, avec deux choix visuels, une consigne simple, peu ou pas de contact visuel direct, puis encourager une réponse par geste, puis un son, puis un mot. C’est moins spectaculaire, mais beaucoup plus adapté au fonctionnement anxieux de ces enfants.
Voici des conseils très concrets, qui ont l’avantage d’être simples à appliquer :
Exemple concret :
au restaurant, au lieu de commander directement pour l’enfant, on peut lui proposer de montrer son choix sur la carte. C’est déjà une communication fonctionnelle. Ensuite, on augmente les attentes de façon progressive, pas brusque.
Il est aussi recommandé d’éviter de favoriser durablement le chuchotement à l’oreille comme seule solution. Cette stratégie peut parfois soulager sur le moment, mais elle risque aussi d’entretenir un mode de communication très restreint si elle devient la norme. Il vaut mieux garder une communication ouverte, proposer des alternatives et avancer par étapes.
Le rôle de l’école est majeur. Il est notamment recommandé :
Exemple concret :
au lieu de demander devant toute la classe “Réponds à la question 3”, l’enseignant peut s’approcher calmement et proposer : “Tu peux me montrer la bonne réponse ?” ou “Tu préfères me répondre maintenant ou plus tard avec moi ?” Cela ne supprime pas l’objectif de communication. Cela le rend accessible.
Voici les erreurs les plus fréquentes :
Ces phrases sont compréhensibles du point de vue de l’adulte, mais elles augmentent souvent l’anxiété liée à la parole. La pression aggrave généralement le trouble.
La prévalence du mutisme sélectif est plus élevée chez les enfants bilingues et qu’il faut éviter de confondre mutisme sélectif et période silencieuse normale lors de l’apprentissage d’une seconde langue. Pour poser le diagnostic chez un enfant bilingue, il faut notamment vérifier si les difficultés apparaissent dans les deux langues, si elles durent, ainsi que si elles s’accompagnent de signes d’anxiété et d’inhibition.
La littérature scientifique souligne l’importance du diagnostic différentiel chez les enfants bilingues afin de ne pas confondre le mutisme sélectif, l'apprentissage normal de la langue seconde et les autres difficultés/troubles du langage.
Dans ce cas, le regard logopédique est particulièrement utile car il faut parfois évaluer les compétences dans les deux langues et recueillir des informations précises sur les contextes d’usage de chacune.
Le mutisme sélectif débute souvent entre 3 et 6 ans, avec un diagnostic moyen entre 6 et 7 ans. Il insiste aussi sur l’importance d’une intervention précoce pour limiter l’impact du trouble sur la vie sociale, scolaire et émotionnelle.
Le mutisme sélectif commence généralement dans l’enfance et peut persister s’il n’est pas pris en charge.
Je propose un accompagnement logopédique pour les enfants qui parlent à la maison mais restent silencieux à l’école, en consultation. Le travail porte sur la communication, le langage oral, les compétences pragmatiques, le retentissement scolaire et la coordination avec les parents et l’école. Le cabinet est situé à Tubize, près de Hal et de Braine-l’Alleud. Si vous vous posez des questions sur un possible mutisme sélectif chez votre enfant, un bilan logopédique peut permettre d’y voir plus clair et de mettre en place des pistes concrètes, progressives et adaptées.