“Va mettre ton manteau, prends ton cartable, puis viens mettre tes chaussures.”
Votre enfant vous regarde, ne bouge pas, commence autre chose ou oublie la moitié de ce que vous venez de dire. À l’école, on entend parfois : “Il n’écoute pas”, “Il est dans la lune”, “Il faut toujours répéter”.
Pourtant, ne pas comprendre une consigne ne signifie pas automatiquement que l’enfant est opposant, distrait ou paresseux. Comprendre une consigne demande de mobiliser plusieurs compétences en même temps : attention, mémoire de travail, langage oral, vocabulaire, compréhension grammaticale, organisation et inhibition. Les travaux de Jaroslawska, Gathercole, Logie et Holmes (2016) montrent que suivre des consignes orales dépend fortement de la mémoire de travail et de la manière dont l’enfant encode puis rappelle l’information.
Quand un adulte dit : “Avant de sortir, range ton cahier dans ton sac et prends ta gourde”, l’enfant doit d’abord écouter, maintenir son attention, comprendre les mots, retenir les étapes, respecter l’ordre, inhiber les distractions, puis passer à l’action.
Une consigne simple en apparence peut donc devenir difficile si elle est longue, rapide, abstraite ou donnée dans un environnement bruyant. Gathercole et ses collaborateurs (2008) ont montré que les enfants avec une faible mémoire de travail peuvent donner l’impression de ne pas écouter, oublier des messages ou abandonner des tâches complexes, alors que la difficulté principale se situe dans le maintien et le traitement de l’information.
La mémoire de travail permet de garder temporairement une information en tête pour l’utiliser. C’est elle qui aide l’enfant à retenir “manteau + cartable + chaussures” dans le bon ordre.
Si cette mémoire est fragile, l’enfant peut comprendre chaque mot séparément, mais oublier une étape avant d’agir. Jaroslawska et al. (2016) montrent que l’action pendant l’encodage ou le rappel peut améliorer la capacité des enfants à suivre des consignes, ce qui confirme que la difficulté n’est pas seulement linguistique : elle est aussi mnésique et exécutive.
Un enfant peut entendre la consigne sans réussir à rester mentalement disponible assez longtemps pour la traiter. Cela peut être plus marqué en classe, quand il y a du bruit, plusieurs élèves, du matériel, des transitions ou une double tâche.
Chez les enfants avec TDA/H, les difficultés de mémoire de travail et de fonctions exécutives peuvent affecter le suivi des consignes. Yang, Allen, Holmes et Gathercole (2017) ont montré que les enfants avec TDA/H présentent davantage de difficultés à mémoriser des consignes multi-étapes, mais bénéficient d’une présentation plus active et incarnée des instructions.
Certains enfants ne comprennent pas la consigne parce que le vocabulaire ou la structure de phrase est trop complexe.
Par exemple :
Ces formulations sollicitent la compréhension de phrases, le vocabulaire spatial, temporel et logique. Dans le cadre du trouble développemental du langage, Bishop, Snowling, Thompson, Greenhalgh et le consortium CATALISE (2017) définissent le TDL comme un trouble du langage ayant un retentissement fonctionnel sur la communication et les apprentissages, sans cause biomédicale connue.
Un enfant avec TDL peut avoir des difficultés à comprendre les phrases longues, les notions abstraites, les questions, les inférences ou les consignes scolaires complexes.
Tarvainen, Stolt et Launonen (2021), dans une revue sur les interventions ciblant la compréhension orale chez les enfants et adolescents avec TDL, rappellent que la compréhension orale peut être une difficulté centrale et durable, avec un impact sur les apprentissages.
Même quand l’enfant comprend les mots, il doit encore organiser l’action. Il doit savoir par quoi commencer, ne pas faire autre chose, gérer l’ordre des étapes et vérifier qu’il a terminé.
Holmes, Hilton, Place, Alloway, Elliott et Gathercole (2014) montrent que les enfants avec une faible mémoire de travail et les enfants avec un TDA/H peuvent présenter des difficultés scolaires et comportementales en classe, avec des profils partiellement différents mais tous deux liés aux fonctions exécutives et à la mémoire de travail.
Chez un enfant bilingue, il faut éviter de conclure trop vite. Il peut ne pas comprendre certains mots dans la langue de l’école parce qu’il y a été moins exposé, sans présenter de trouble du langage.
La question importante est : l’enfant comprend-il mieux dans une autre langue ? Les difficultés sont-elles présentes dans toutes ses langues ? Peña, Bedore et Kester (2016) montrent qu’une évaluation qui prend en compte les deux langues permet une classification plus juste des enfants bilingues avec ou sans trouble du langage.
Un enfant peut mieux comprendre le matin que le soir. Après une journée d’école, la fatigue peut réduire l’attention, la mémoire et la disponibilité.
C’est particulièrement vrai pour les enfants qui doivent fournir beaucoup d’efforts pour écouter, comprendre, s’organiser ou encore rester assis.
Le stress peut aussi perturber la compréhension. Un enfant anxieux peut bloquer, répondre à côté ou oublier ce qu’il devait faire.
Dans ce cas, l’enjeu n’est pas seulement de simplifier la consigne, mais aussi de sécuriser le contexte.
La première erreur est de penser : “Il n’écoute pas.” Parfois, l’enfant écoute, mais la consigne dépasse ses capacités de traitement à ce moment-là.
La deuxième erreur est de répéter exactement la même chose, plus fort ou plus vite. Si la consigne est trop longue ou trop complexe, répéter ne suffit pas. Il faut reformuler, découper et soutenir visuellement.
La troisième erreur est de donner plusieurs consignes à la fois. “Range ton cahier, prends ta veste, mets tes chaussures, ferme ton sac” peut être trop coûteux pour certains enfants.
La quatrième erreur est de confondre compréhension et obéissance. Un enfant peut vouloir faire ce qu’on demande, mais ne pas savoir quoi faire exactement.
| Ce qu’on observe | Souvent normal | À surveiller |
|---|---|---|
| Il oublie une étape | Fatigue, distraction ponctuelle | Oublis très fréquents, même avec consignes courtes |
| Il demande de répéter | Consigne longue ou bruit autour | Ne comprend pas malgré la reformulation |
| Il comprend mieux avec gestes | Aide normale et utile | Besoin d’aides constantes pour des consignes simples |
| Il répond à côté | Inattention ponctuelle | Réponses souvent hors sujet |
| Il réussit mieux en 1 étape | Développement encore en cours | Échec fréquent même avec une seule consigne simple |
Il peut être utile de demander un avis logopédique si votre enfant :
Avant de donner une consigne, captez l’attention de l’enfant : rapprochez-vous, dites son prénom, attendez qu’il soit disponible.
Donnez une consigne à la fois. Au lieu de “Va te laver les dents, mets ton pyjama et choisis un livre”, commencez par : “Va te laver les dents.” Puis donnez la suite.
Utilisez des phrases courtes. Préférez : “Prends ton manteau” plutôt que “Tu peux aller chercher ton manteau parce qu’on va bientôt partir et qu’il fait froid dehors”.
Montrez ou mimez si nécessaire. Les gestes, les pictogrammes, les listes visuelles ou les objets peuvent réduire la charge de mémoire.
Vérifiez la compréhension autrement. Au lieu de demander “Tu as compris ?”, demandez : “Tu dois faire quoi en premier ?”
Laissez du temps. Certains enfants ont besoin de quelques secondes pour traiter l’information avant d’agir.
En classe, les adaptations peuvent être simples :
Pour un élève avec TDL, ces aides ne sont pas du confort : elles permettent d’accéder à la tâche.
Chez l’adolescent, les difficultés de compréhension des consignes sont parfois moins visibles. Il peut faire semblant d’avoir compris, copier les autres, éviter de poser des questions ou rendre un travail incomplet.
Au secondaire, les consignes deviennent plus longues, plus implicites et plus abstraites. Elles demandent davantage d’autonomie, de planification et de flexibilité. Un adolescent peut donc avoir l’air “peu motivé” alors qu’il est en surcharge cognitive.
Le rôle du logopède est d’identifier ce qui bloque réellement. Est-ce un problème de vocabulaire ? de compréhension grammaticale ? de mémoire de travail ? d’attention ? de langage oral ? de bilinguisme ? de fatigue ? de contexte scolaire ?
Le bilan peut explorer :
L’objectif n’est pas de rendre l’enfant “obéissant”, mais de soutenir sa compréhension, son autonomie et sa participation.
Si votre enfant rencontre des difficultés importantes pour comprendre les consignes, un bilan logopédique peut aider à mieux comprendre ses besoins. J’accompagne les enfants et adolescents à Tubize, près de Hal et de Braine-l’Alleud, pour les difficultés de langage oral, de compréhension et de communication au quotidien.