Certains enfants parlent peu. Ils répondent avec un mot, baissent les yeux quand on leur pose une question, évitent de lever la main en classe ou préfèrent laisser un adulte parler à leur place.
On entend alors parfois :
- Il est juste timide.
- Elle ne veut pas parler.
- Il faut le pousser un peu.
- Elle manque de confiance.
- Il ne fait pas d’effort.
Ces phrases peuvent sembler anodines. Pourtant, elles peuvent passer à côté de ce que vit réellement l’enfant.
Derrière un enfant qui parle peu, il n’y a pas forcément un manque d’envie de communiquer.
Parler peut parfois demander énormément d’efforts.
Pour certains enfants, prendre la parole signifie devoir trouver rapidement ses mots, bien prononcer, construire une phrase, gérer le regard des autres, éviter de bégayer, ne pas se tromper, être compris et répondre assez vite.
Quand tout cela devient trop lourd, l’enfant peut se taire.
Non pas parce qu’il ne veut pas communiquer.
Mais parce que le silence peut le protéger d’une situation trop difficile, trop fatigante ou trop inconfortable.
Communiquer, ce n’est pas seulement parler.
Communiquer, c’est transmettre quelque chose à quelqu’un.
Un enfant communique quand il :
La parole est donc une manière de communiquer, mais ce n’est pas la seule.
C’est important, car un enfant qui ne parle pas dans une situation peut parfois communiquer autrement. Il peut montrer, écrire, chuchoter, regarder, hocher la tête ou utiliser des gestes.
L’objectif n’est donc pas seulement de « faire parler » l’enfant. L’objectif est d’abord de comprendre ce qu’il essaie d’exprimer et ce qui rend la parole difficile.
Pour parler, l’enfant doit faire plusieurs choses en même temps.
Il doit :
Chez beaucoup d’enfants, tout cela se fait rapidement. Mais chez d’autres, chaque étape demande plus d’effort.
C’est pour cela qu’un enfant peut parler facilement dans un endroit, mais très peu dans un autre.
Par exemple :
Ces variations sont importantes. Elles donnent des indices sur ce qui met l’enfant en difficulté.
La fatigue communicationnelle est un mot compliqué pour dire une chose simple :
parfois, communiquer fatigue.
Un enfant peut être fatigué parce qu’il doit faire beaucoup d’efforts pour écouter, comprendre, répondre, se faire comprendre ou rester attentif dans les échanges.
Cette fatigue peut être plus forte chez certains enfants qui présentent des difficultés de langage, de parole, de fluence ou d’attention.
Il ne s’agit pas d’un diagnostic médical. C’est une façon de décrire ce que l’on observe : l’enfant semble épuisé par les situations de communication.
Cela ne veut pas toujours dire qu’il refuse de parler. Il peut simplement ne plus avoir assez d’énergie pour organiser ses idées, retrouver ses mots et raconter.
Au lieu de poser une grande question ouverte, on peut réduire l’effort demandé.
Par exemple :
L’idée est simple : moins l’enfant se sent sous pression, plus il peut redevenir disponible pour communiquer.
L’accès lexical signifie : retrouver le bon mot au bon moment.
Un enfant peut connaître un mot, le comprendre, l’avoir déjà utilisé, mais ne pas réussir à le retrouver quand il en a besoin.
Ce n’est pas de la paresse. Ce n’est pas un manque d’intelligence. Ce n’est pas forcément un manque de vocabulaire.
C’est comme si le mot était « rangé quelque part », mais difficile à retrouver rapidement.
L’enfant peut dire :
Il peut aussi faire de longues pauses, s’énerver ou abandonner sa phrase.
L’enfant connaît la réponse. Mais le mot ne vient pas assez vite.
Les autres élèves lèvent la main. L’enfant se sent lent. Il baisse les yeux.
Après plusieurs expériences comme celle-là, il peut éviter de répondre.
On peut aider sans donner directement la réponse.
Par exemple :
donner un choix : « C’est la chèvre ou la vache ? »
donner le premier son : « Ça commence par /v/. »
donner un indice : « C’est un animal de la ferme. »
laisser quelques secondes de plus ;
accepter une réponse approximative puis reformuler.
À éviter :
Cette phrase peut augmenter la pression. L’enfant sait parfois très bien qu’il sait. Le problème est justement qu’il n’arrive pas à retrouver le mot au bon moment.
Le trouble des sons de la parole concerne les enfants qui ont des difficultés à produire certains sons ou à organiser les sons dans les mots.
Concrètement, l’enfant peut :
Selon l’ASHA, un enfant qui a souvent du mal à dire les sons ou qui est difficile à comprendre peut présenter un trouble des sons de la parole.
L’enfant répète. L’adulte ne comprend toujours pas. Un autre enfant rigole.
À force, l’enfant peut parler moins. Non pas parce qu’il n’a rien à dire, mais parce qu’il sait que parler peut devenir frustrant.
L’adulte peut :
Par exemple :
Il donne le bon modèle, sans transformer l’échange en correction permanente.
À éviter :
Cette consigne est souvent trop vague. L’enfant ne sait pas toujours quoi faire concrètement avec sa langue, ses lèvres ou sa mâchoire.
Le trouble développemental du langage, souvent appelé dysphasie, est un trouble durable dans le développement du langage.
Un enfant avec un TDL peut avoir du mal à :
Le TDL ne se voit pas toujours. C’est pour cela qu’on parle souvent d’un trouble « caché ».
Pendant une discussion en classe, l’enfant a une idée. Mais il lui faut du temps pour la formuler.
Il cherche ses mots. Il essaie de construire sa phrase. Pendant ce temps, les autres élèves répondent déjà. Le sujet change.
L’enfant finit par se taire.
De l’extérieur, on peut croire qu’il ne participe pas. En réalité, il n’a peut-être pas eu le temps de transformer son idée en phrase.
À l’école, on peut aider en proposant :
Par exemple :
Au lieu de demander directement :
On peut proposer :
Cela diminue la charge de langage.
Le bégaiement est une difficulté de fluidité de la parole.
L’enfant peut :
Le bégaiement peut varier selon les moments. Un enfant peut bégayer beaucoup dans une situation et peu dans une autre.
L’enfant connaît la réponse à une question. Il veut lever la main. Mais il sait que le premier mot risque de bloquer.
Il imagine les autres en train de le regarder. Il baisse la main.
Ce n’est pas qu’il ne connaît pas la réponse. C’est peut-être qu’il anticipe un moment difficile.
Il est conseillé aux parents de parler de façon calme, avec des pauses, et d’écouter le contenu du message plutôt que la manière dont l’enfant parle.
Concrètement :
À éviter :
Ces phrases peuvent mettre l’enfant encore plus sous pression.
Le mutisme sélectif est un trouble anxieux.
Cela signifie que l’enfant peut parler dans certains endroits ou avec certaines personnes, mais ne pas réussir à parler dans d’autres situations.
Par exemple :
Ce n’est pas un choix volontaire. L’enfant ne décide pas simplement de ne pas parler.
Dans certaines situations, l’anxiété devient tellement forte que la parole se bloque.
Une petite fille parle beaucoup avec sa famille. À l’école, elle ne répond pas à l’enseignante. Elle peut pourtant comprendre la question.
Elle baisse les yeux, se fige ou répond par un geste.
Dire « elle ne veut pas parler » serait injuste. Il est plus juste de dire :
La progression doit être douce.
On peut commencer par accepter :
À éviter :
La pression directe peut augmenter l’anxiété.
L’objectif est d’abord de permettre à l’enfant de communiquer, puis de l’aider progressivement à parler dans davantage de situations.
L’anxiété sociale, c’est la peur d’être jugé, observé, humilié ou moqué dans une situation avec les autres.
Chez un enfant, cela peut apparaître dans les moments où il doit :
Il peut se dire :
Ces pensées peuvent rendre la parole très difficile.
On peut préparer les situations.
Exemple : commander au restaurant.
Étapes possibles :
2. s’entraîner à la maison ;
3. lire la phrase sur un papier ;
4. dire seulement le nom de la boisson ;
5. dire une phrase courte ;
6. commander seul quand l’enfant est prêt.
La progression doit être encourageante, pas humiliante.
L’estime de soi, c’est l’image que l’enfant a de lui-même.
Un enfant qui vit souvent des difficultés pour parler peut finir par penser :
Ces pensées peuvent donner envie de parler moins.
Mais il faut être prudent : on ne peut pas conclure automatiquement qu’un enfant qui parle peu « manque de confiance ». C’est une hypothèse possible, pas une certitude.
Il faut observer, écouter et croiser les informations.
On peut valoriser des réussites précises.
Au lieu de dire seulement :
- C’est bien.
On peut dire :
- J’ai compris ton idée.
- Tu as réussi à expliquer le début.
- Tu as pris le temps de chercher ton mot.
- Tu as osé demander de l’aide.
- Tu as trouvé une autre façon de me faire comprendre.
Ces phrases montrent à l’enfant que sa communication a de la valeur.
Cette expression peut sembler compliquée. Elle veut simplement dire :
est-ce que l’enfant se sent capable de faire passer son message ?
Un enfant peut avoir envie de parler, mais penser :
- Je ne vais pas y arriver.
- On ne va pas me comprendre.
- Je vais bloquer.
- Je vais oublier mes mots.
- Je vais être trop lent.
S’il se sent souvent en échec, il peut éviter les situations de parole.
Un enfant doit faire un exposé. Il sait son sujet. Mais il a peur de chercher ses mots, de mal prononcer ou de perdre le fil.
Il dit :
Derrière cette phrase, il peut y avoir :
On peut rendre la tâche plus accessible :
faire l’exposé à deux ;
utiliser des images ;
autoriser une fiche avec des mots-clés ;
s’entraîner devant une seule personne ;
enregistrer une partie ;
réduire la longueur ;
valoriser le contenu plutôt que la performance orale parfaite.
Le but est de créer des expériences de réussite.
Peut-être. Mais peut-être pas.
Un enfant peut parler peu à cause d’une difficulté de langage, d’un trouble des sons de la parole, d’un bégaiement, d’un mutisme sélectif ou d’une anxiété sociale.
La timidité ne doit pas devenir une explication automatique.
C’est parfois l’inverse.
L’enfant fait peut-être beaucoup d’efforts invisibles pour comprendre, parler, se contrôler ou éviter une erreur.
Encourager, oui. Forcer, non.
La pression directe peut parfois augmenter l’évitement, surtout en cas d’anxiété ou de mutisme sélectif.
Certains enfants progressent avec le temps. Mais d’autres ont besoin d’aide.
Si le silence gêne la vie scolaire, sociale ou familiale, il est préférable de demander un avis professionnel.
Les parents peuvent aider en rendant les échanges plus sécurisants.
- Prends ton temps.
- Tu peux me montrer.
- Tu peux répondre avec un mot.
- Je t’écoute.
- On va chercher ensemble.
- Tu n’es pas obligé de tout raconter maintenant.
L’école peut jouer un rôle très important.
Au lieu de demander directement à l’enfant de lire devant toute la classe, on peut proposer :
2. lire à l’enseignant seul ;
3. lire avec un camarade ;
4. lire une courte partie devant un petit groupe ;
5. augmenter progressivement si l’enfant est prêt.
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