Il est 17h.
Les devoirs commencent.
Au départ, cela semble raisonnable : une lecture, quelques exercices, une leçon à revoir.
Mais à 18h30, votre enfant est déjà fatigué.
À 19h15, les tensions montent.
À 20h, tout le monde est épuisé.
Votre enfant soupire, s’agite, oublie ce qu’il vient de lire, répond trop vite, pleure parfois. Vous répétez, vous expliquez, vous encouragez … puis vous vous énervez aussi.
Et une question revient :
“Pourquoi des devoirs qui devraient prendre 30 minutes durent-ils 3 heures ?”
La réponse est rarement simple.
Dans de nombreuses situations, ce n’est ni de la paresse, ni un caprice, ni un manque d’intelligence. Chez certains enfants ou certains adolescents, surtout s'il y a une dyslexie, une dysorthographie, un TDL, un TDA/H, une lenteur de traitement, une anxiété ou des fragilités exécutives, les devoirs sollicitent beaucoup plus de ressources mentales qu’on ne l’imagine.
La charge cognitive augmente quand une tâche demande de traiter trop d’informations à la fois ; les travaux récents rappellent aussi que les différences entre élèves dépendent notamment de leurs connaissances automatisées (qui viennent directement) et de leur niveau d’expertise dans la tâche (Sweller, 2024).
Un devoir mobilise souvent en même temps de :
Un simple exercice peut donc devenir une succession de micro-tâches.
Par exemple, pour résoudre un problème écrit, l’enfant doit lire l’énoncé, comprendre le vocabulaire, garder les données en mémoire, choisir une opération, écrire la réponse et vérifier. Si une seule de ces étapes est fragile, tout devient plus lent.
Ce point est important : la lenteur peut venir de l’accumulation des exigences, pas d’un manque d’effort.
Chez un lecteur fluide, lire un mot est largement automatisée.
Chez un enfant dyslexique ou avec des difficultés en lecture, ce n’est pas toujours le cas. Lire peut encore demander un effort important : décoder, reconnaître les mots, maintenir le fil, comprendre la phrase, puis relier les idées.
Cela signifie qu’une consigne courte peut déjà coûter beaucoup d’énergie.
Quand l’enfant consacre une grande partie de ses ressources à lire, il lui reste moins de disponibilité pour comprendre, raisonner ou mémoriser.
Il peut donc lire… sans vraiment retenir (López-Zamora et al., 2025).
La mémoire de travail permet de garder une information en tête pendant qu’on l’utilise.
Elle intervient quand l’enfant doit :
Chez certains enfants avec un TDL, des recherches récentes montrent que la mémoire de travail sont liées aux compétences langagières, attentionnelles et non verbales (Larson & Weismer, 2023).
Concrètement, cela peut donner :
Ce n’est pas forcément de l’opposition.
C’est parfois une surcharge.
L’attention soutenue demande un effort.
Après une journée d’école, cet effort peut devenir très coûteux, surtout chez les enfants avec TDA/H ou fragilités exécutives.
Les recommandations HAS 2024 rappellent que le TDAH est un trouble du neurodéveloppement nécessitant une démarche diagnostique et thérapeutique structurée chez l’enfant et l’adolescent.
Dans les devoirs, cela peut se traduire par :
Dire simplement “concentre-toi” aide rarement si l’enfant ne sait pas comment faire ou si son système attentionnel est déjà épuisé.
Certaines consignes scolaires sont très chargées linguistiquement.
Exemples :
Ces formulations demandent du vocabulaire, de l’inférence, de la syntaxe, de la mémoire et de l’organisation.
Chez les enfants avec TDL, les difficultés langagières peuvent avoir un impact fonctionnel sur la scolarité et la vie quotidienne ; des travaux francophones récents insistent sur l’importance d’identifier ces impacts concrets et les stratégies déjà mises en place par l’enfant (Maillart et al., 2024).
Un enfant peut donc “savoir lire les mots” mais ne pas comprendre clairement ce qu’on attend.
Tous les devoirs longs ne s’expliquent pas par un trouble spécifique.
Parfois, l’enfant ralentit parce qu’il a peur :
Il efface, recommence, vérifie, bloque.
Chez les jeunes avec dyslexie ou TDA/H, les études récentes soulignent aussi un risque accru de difficultés émotionnelles ou de santé mentale, notamment lorsque les difficultés scolaires sont répétées et vécues comme un échec (Morte-Soriano et al., 2024).
La fatigue n’est donc pas seulement cognitive.
Elle peut aussi être émotionnelle.
Les parents décrivent souvent :
Ces signes ne prouvent pas à eux seuls un trouble.
Mais lorsqu’ils sont fréquents, intenses et durables, ils méritent d’être compris.
Quand un enfant bloque, l’adulte veut aider.
Mais certaines réactions peuvent augmenter la charge cognitive :
Ce n’est pas une faute parentale.
C’est humain.
Mais quand le cerveau de l’enfant est saturé, plus d’explications ne veut pas toujours dire plus d’aide.
Au lieu de :
“Fais tous tes devoirs.”
Dire :
“On fait d’abord les 3 premières questions.”
Une feuille complète peut décourager.
On peut cacher une partie, entourer l’exercice utile ou travailler étape par étape.
Demander :
“Tu dois faire quoi exactement ?”
Si l’enfant ne sait pas répondre, ce n’est pas encore le moment de commencer.
Exemple :
Très utile pour alléger la mémoire de travail :
Si l’objectif est de travailler les maths, l’histoire ou les sciences, il peut être pertinent de lire la consigne à l’enfant pour ne pas transformer chaque devoir en épreuve de lecture.
Dire :
Pas seulement :
Chez les adolescents, les devoirs longs ont souvent un effet cumulatif.
La journée scolaire a déjà demandé :
Le soir, les ressources sont plus basses.
Certains adolescents donnent l’impression de ne plus vouloir faire d’efforts. Mais il faut distinguer :
Les adolescents avec dyslexie ou TDA/H peuvent aussi présenter davantage de vulnérabilités émotionnelles ; il est donc important de ne pas réduire leur comportement à de la mauvaise volonté.
Une consultation peut être utile si :
Un bilan ne sert pas à coller une étiquette.
Il sert à comprendre le fonctionnement de l’enfant.
Le logopède peut analyser :
Il peut aussi accompagner la famille pour mettre en place des stratégies réalistes à la maison et, si nécessaire, collaborer avec l’école.
L’objectif n’est pas de faire travailler plus.
L’objectif est de faire travailler mieux, avec moins de surcharge inutile.
Quand les devoirs prennent 3 heures, il faut éviter les conclusions trop rapides.
Ce n’est pas forcément :
C’est parfois le signe que la tâche demande trop de ressources en même temps.
Comprendre cela ne veut pas dire tout excuser.
Cela veut dire ajuster l’aide.
Un enfant lent n’est pas un enfant paresseux.
Un enfant fatigué n’est pas un enfant démotivé.
Un enfant en difficulté n’est pas un enfant incapable.
Il a peut-être besoin qu’on comprenne enfin ce que les devoirs lui coûtent réellement.
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