Les parents entendent parfois :
- J’ai oublié.
Le cahier.
La consigne.
Le mot.
Le rendez-vous.
Le matériel.
La question.
À force, cela épuise.
À la maison, les tensions montent.
À l’école, les remarques reviennent :
- « Il ne fait pas attention. »
- « Il n’écoute pas. »
- « Il pourrait s’il voulait. »
Et l’enfant ou l'adolescent, lui, peut finir par penser :
- « Je suis nul. »
- « Je déçois tout le monde. »
- « De toute façon, je vais encore oublier. »
Et si ce n’était pas simplement un manque d’effort ?
Les oublis fréquents peuvent parfois s’expliquer par des fragilités de mémoire de travail, d’attention, de langage ou de fonctions exécutives, notamment chez certains enfants avec un TDA/H, une dysphasie (ou un TDL) ou un profil multidys (Kofler et al., 2024 ; Niu et al., 2024 ; Sadozai et al., 2024).
Cela ne veut pas dire que tout oubli est un trouble.
Cela veut dire qu’avant de conclure à de la paresse, il faut comprendre ce qui se passe.
Un oubli peut être involontaire.
Un enfant (ou un adolescent) peut vouloir bien faire, avoir entendu la consigne, avoir commencé la tâche … puis perdre l’information en route.
Cela peut arriver quand :
Les fonctions exécutives permettent notamment de planifier, maintenir un objectif, gérer les distractions et réaliser des tâches du quotidien ; lorsqu’elles sont fragiles, cela peut impacter les devoirs, l’organisation, les rendez-vous et la vie scolaire (ASHA, n.d.).
Déculpabiliser ne veut pas dire tout excuser.
Mais comprendre permet d’aider plus efficacement son enfant.
La mémoire de travail, c’est la capacité à garder une information en tête pendant quelques secondes, tout en l’utilisant.
Elle sert à :
Chez certains enfants, cette mémoire est vite dépassée. Chez les enfants avec un TDA/H, les difficultés de mémoire de travail sont fréquentes, mais variables d’un enfant à l’autre (Kofler et al., 2024).
Exemples concrets :
Dans ces situations, l’oubli peut être réel.
Le cerveau ne peut pas traiter une quantité illimitée d’informations en même temps.
À l’école, un enfant doit parfois :
C’est énorme.
Quand la charge cognitive augmente, certaines informations peuvent être mal encodées ou rapidement perdues. La théorie de la charge cognitive rappelle que la mémoire de travail est limitée quand l’information est nouvelle ou complexe (Baxter et al., 2025).
Donc parfois, l’enfant ne “refuse” pas la consigne.
Il la perd.
Un enfant distrait n’est pas forcément un enfant qui s’en fiche.
L’attention peut fluctuer, surtout en cas de fatigue, de surcharge, de stress, s'il y a un TDA/H ou des difficultés exécutives.
Le DSM-5 décrit notamment, dans les critères d’inattention du TDA/H, les oublis fréquents dans les activités quotidiennes, mais ce signe seul ne suffit jamais à poser un diagnostic (American Psychiatric Association, 2022).
Il faut donc éviter deux erreurs :
La réalité est souvent plus nuancée.
Un enfant peut avoir entendu sans avoir correctement compris ou encodé.
Chez les enfants avec une dysphasie (ou un TDL), les recherches récentes montrent des difficultés importantes en mémoire de travail verbale, notamment dans les tâches de rappel de chiffres, de mots, de non-mots ou d’informations entendues (Niu et al., 2024).
Cela peut expliquer certaines situations :
Exemple :
- - « Range ton cahier bleu dans la farde rouge, puis prends ton livre de géographie. »
Pour certains enfants, cette phrase contient déjà trop d’informations verbales.
Ils peuvent répondre :
- « J’ai oublié. »
Les oublis répétés abîment souvent l’estime de soi.
L’enfant peut ressentir :
Chez l’adolescent, cela peut être encore plus sensible. Il veut être autonome, ne pas se faire remarquer, ne pas paraître “différent”.
Quand les adultes interprètent trop vite l’oubli comme de la mauvaise volonté, l’enfant peut se protéger par :
Mais parfois, derrière ce “je m’en fiche”, il y a surtout :
- « Je n’y arrive pas et j’en ai marre d’échouer. »
On peut observer :
Ces signes ne posent pas un diagnostic.
Ils indiquent qu’il faut observer la fréquence, l’intensité, les contextes et l’impact sur le quotidien.
Quand les oublis se répètent, les adultes peuvent perdre patience. C’est humain.
Mais certaines réactions aggravent parfois la surcharge :
Le problème : un enfant déjà saturé traite encore moins bien l’information sous pression.
L’objectif n’est pas de culpabiliser les parents ou enseignants.
L’objectif est de changer de levier.
Ce qui aide le plus souvent, c’est de soutenir la mémoire et de réduire la charge cognitive.
Exemple :
Ce n’est pas “faire à sa place”.
C’est lui donner un outil pour devenir plus autonome.
Au secondaire, la charge explose :
Un adolescent peut alors être perçu comme “je-m’en-foutiste”, alors qu’il est parfois simplement dépassé par l’organisation.
Ce qui aide les adolescents :
Il peut être utile de consulter lorsque les oublis :
L’objectif n’est pas de coller une étiquette.
L’objectif est de comprendre le fonctionnement de votre enfant.
Le logopède peut aider à analyser :
En pratique, l’accompagnement peut viser :
Oublier ne veut pas forcément dire ne pas faire d’effort.
Certains enfants veulent bien faire, mais leur cerveau se surcharge vite.
Certains oublis viennent d’une mémoire de travail fragile.
D’autres viennent d’une consigne mal comprise.
D’autres encore d’une fatigue, d’un stress, d’une distractibilité ou d’une difficulté exécutive.
La clé, ce n’est pas de tout excuser.
C’est de mieux comprendre pour mieux accompagner.
Avec des routines, des supports visuels, des consignes plus courtes et un regard moins culpabilisant, le quotidien peut devenir beaucoup plus apaisé.
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