Votre enfant commence une phrase en français. Il la termine avec un mot en arabe, en turc, en anglais, en italien ou dans une autre langue familiale (celle utilisée à la maison) ?
Il peut dire :
Beaucoup de parents s’inquiètent rapidement :
Dans la majorité des situations, mélanger les langues est normal chez un enfant bilingue ou multilingue. Ce comportement ne signifie pas automatiquement qu’il est “confus” ou qu’il présente un trouble du langage.
Mais, comme souvent en logopédie, il faut éviter les réponses trop rapides. Le vrai enjeu n’est pas de savoir si l’enfant mélange parfois ses langues, mais plutôt :
Dans les discussions autour du bilinguisme, plusieurs termes sont souvent mélangés.
Le chapitre de l’Université de Liège consacré à l’alternance des codes et au mélange des langues rappelle qu’il existe une distinction entre :
Le code-switching correspond au passage d’une langue à une autre dans une conversation ou une interaction.
Par exemple :
Un enfant parle français avec son enseignant puis passe à l’arabe avec sa mère.
Ou :
Un adolescent raconte une discussion en anglais telle qu’elle a eu lieu.
Le changement de langue peut être volontaire ou spontané.
Le code-mixing correspond plutôt à l’utilisation de mots provenant de deux langues dans une même phrase.
Par exemple :
“Je veux my shoes.”
“Le chien est under la table.”
Chez les enfants bilingues, ce phénomène est très fréquent.
Il existe aussi les emprunts linguistiques. Ce sont des mots intégrés durablement dans une langue.
Par exemple :
Le mémoire de Waine (2019) rappelle justement que la distinction entre code-switching et emprunt peut être complexe dans les communautés multilingues.
Un enfant bilingue peut passer d’une langue à l’autre pour plusieurs raisons.
Le chapitre de l’ULiège rappelle que l’alternance des langues peut servir à :
Autrement dit, le mélange des langues peut être une stratégie de communication efficace.
Ce point est essentiel car beaucoup d’adultes interprètent encore ces comportements comme un signe de confusion ou d’incompétence.
Pendant longtemps, certains auteurs pensaient que le mélange des langues reflétait une mauvaise maîtrise linguistique.
Mais les recherches plus récentes vont plutôt dans l’autre sens.
Le chapitre de l’ULiège rapporte notamment que :
Autrement dit, un enfant qui mélange les langues n’est pas forcément “perdu”.
Dans certains cas, cela peut même montrer qu’il sait :
Un enfant bilingue peut :
Ces comportements sont particulièrement fréquents lorsque :
| Ce qu’on observe | Souvent rassurant | À surveiller |
|---|---|---|
| L’enfant mélange deux langues | Il communique et progresse | Difficultés importantes dans toutes les langues |
| Il cherche parfois ses mots | Il maintient la communication | Blocages fréquents empêchant de communiquer |
| Il change de langue selon la personne | Il adapte sa communication | Il évite fortement les interactions |
| Une langue semble plus forte | L’exposition est différente selon les contextes | Faibles compétences globales dans toutes les langues |
| Il comprend mieux qu’il ne parle | Fréquent chez les bilingues | Compréhension faible dans toutes les langues |
Le mélange des langues, à lui seul, n’est généralement pas le principal signal d’alerte.
Ce qui mérite davantage d’attention, c’est lorsque les difficultés apparaissent :
Il peut être utile de demander un avis logopédique si votre enfant :
Les travaux de Peña et collaborateurs rappellent d’ailleurs qu’un enfant bilingue doit être évalué dans l’ensemble de ses langues et de ses contextes de communication. Une évaluation dans une seule langue peut donner une image incomplète de ses compétences.
Il est important d’être nuancé.
Le chapitre de l’ULiège rappelle que certains auteurs, comme Kaufman et Aronoff (1991), ont proposé que chez certains enfants issus de l’immigration fortement exposés à une langue seconde, le mélange fréquent des langues puisse parfois accompagner une perte progressive de la langue familiale. (e-publish.uliege.be)
Mais cette position reste discutée.
Guiberson et collaborateurs (2006) suggèrent plutôt que ce n’est pas le mélange des langues lui-même qui est prédictif de difficultés, mais davantage :
-> C’est une nuance essentielle en clinique.
C’est une question très fréquente en consultation.
Dans la majorité des situations : non.
Supprimer la langue familiale peut :
Les recommandations actuelles soutiennent généralement le maintien des langues importantes du quotidien lorsque cela reste fonctionnel pour la famille.
Le plus important est d'avoir des interactions riches, régulières et sécurisantes.
Un parent qui parle avec aisance offre souvent un modèle plus riche.
Exemple :
-> L’objectif est de modéliser sans mettre de pression.
Le plus important est que l’enfant ose communiquer.
On regarde surtout :
Le chapitre de l’ULiège souligne clairement que l’alternance et le mélange des langues ne doivent pas être réprimés ou sanctionnés lorsqu’ils s’inscrivent dans une communication fonctionnelle. (e-publish.uliege.be)
Chez les adolescents, le mélange des langues peut prendre d’autres fonctions.
Il peut servir à :
À l’adolescence, le changement de langue peut donc avoir une dimension sociale très importante.
Mais il faut rester attentif si l’adolescent :
Le rôle du logopède n’est pas de “supprimer le bilinguisme” ni d’empêcher l’alternance des langues.
L’objectif est plutôt de comprendre :
Une évaluation pertinente doit tenir compte :
Si vous vous posez des questions sur le développement du langage de votre enfant bilingue, un bilan logopédique peut aider à mieux comprendre la situation et à distinguer ce qui relève d’un développement bilingue habituel ou d’une difficulté plus spécifique.
J’accompagne les familles à Tubize, ainsi qu’aux alentours de Hal et Braine-l’Alleud, avec une approche concrète, bienveillante et adaptée aux enfants bilingues et multilingues.