“Je ne comprends pas toujours ce qu’il dit …”
“Il oublie des sons.”
“Il dit sateau au lieu de château.”
“Il ne fait pas toujours les mêmes erreurs.”
Ces situations inquiètent souvent les parents. Certaines erreurs de prononciation font partie du développement normal. Mais lorsque les difficultés persistent, rendent l’enfant difficile à comprendre ou le gênent pour communiquer, on peut parler d’un trouble des sons de la parole.
Un trouble des sons de la parole correspond à une difficulté persistante dans la production des sons qui gêne l’intelligibilité ou la communication orale. Ces difficultés peuvent toucher la perception des sons, l’articulation, la production motrice, les représentations des sons, les syllabes ou encore le rythme et l’intonation d'après l'ASHA.
Un phonème, c’est un son de la langue. Par exemple : /s/ (ex : s de serpent), /ch/ (ex : ch de chat), /r/ (ex : r de renard), /k/ (ex : k de kangourou).
Un enfant peut avoir des difficultés :
Le terme “trouble des sons de la parole” est donc un terme large. Il peut regrouper des difficultés articulatoires, phonologiques ou motrices.
Tous les enfants ne développent pas les sons au même rythme. Certains sons sont plus difficiles que d’autres et certaines simplifications peuvent être attendues selon l’âge.
Ce qui doit surtout attirer l’attention, c’est :
Dans une étude menée auprès d’enfants de 4 à 5 ans, McLeod et al. (2017) montrent que ces enfants présentaient souvent une intelligibilité réduite pour les personnes non familières et des fragilités associées pour l'émergence du langage ainsi que le traitement des sons.
Il n’y a pas une seule cause. Chez certains enfants, la difficulté est plutôt articulatoire : le geste pour produire le son est difficile. Chez d’autres, elle est plutôt phonologique : l’enfant n’organise pas encore correctement les sons dans les mots. Les deux sont également possibles.
Les difficultés peuvent concerner :
Cela ne veut pas dire que l’enfant “ne fait pas d’effort”. Souvent, il essaie vraiment de parler, mais son système de sons n’est pas encore suffisamment stable.
Les parents décrivent souvent :
Par exemple, l’enfant peut ne pas prononcer plusieurs sons, oublier des sons, sembler “mal articuler” ou être difficile à comprendre.
Il vaut mieux éviter de corriger sans cesse. Dire plusieurs fois “non, répète” peut décourager l’enfant.
À éviter autant que possible :
Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais aider. Cela veut dire que l’aide doit être donnée sous forme de modèle, pas sous forme de pression.
Plusieurs stratégies peuvent se montrer efficaces : être un bon modèle, ralentir légèrement le débit, reformuler, jouer avec les sons, utiliser des repères visuels ou tactiles, intégrer les sons dans les routines et soutenir la motivation.
Parlez clairement, sans exagérer. Vous pouvez ralentir un peu et faire des pauses.
Cela donne à l’enfant un modèle sonore plus clair.
L’enfant entend la bonne forme sans être mis en échec. La reformulation est un “super-pouvoir”.
Si le son travaillé est /ch/, vous pouvez dire :
“Oui, un chhhâteau.”
Il faut le faire légèrement, sans caricaturer.
Les comptines, les chansons, les rimes et les jeux d’écoute sont utiles car ils rendent les sons plus visibles et plus amusants.
Exemples :
Ces activités soutiennent aussi la conscience phonologique, qui est liée aux apprentissages de la lecture et de l’orthographe. Tambyraja et al. (2020) montrent que, chez des enfants avec trouble des sons de la parole, ils sont plus à risque d'avoir des difficultés en lecture et en orthographe.
Certains enfants ont besoin de voir ou de sentir ce qui se passe.
Exemples :
La maison ne doit pas devenir une séance de rééducation. Nous pouvons plutôt privilégier des moments courts, réguliers et naturels. Par exemple, 5 à 10 minutes dans le jeu, le bain, le repas ou la voiture.
Il est important de féliciter les tentatives, pas seulement les productions parfaites.
Exemple :
- “Bravo, j’ai entendu ton /r/ dans j’adore.”
Cela soutient la confiance et la motivation.
| Situation | Réaction aidante | Réaction moins aidante |
|---|---|---|
| L’enfant dit “tat” pour “chat” | “Oui, le chat !” | “Non, répète correctement.” |
| Il oublie un son | Reformuler calmement | Faire répéter 10 fois |
| Il est difficile à comprendre | Écouter, ralentir, reformuler | Le couper ou parler à sa place |
| Il essaie mais se trompe | Valoriser l’effort | Dire “ce n’est pas ça” |
| Il fatigue | Faire une pause | Insister davantage |
Un trouble des sons de la parole peut gêner l’enfant dans ses échanges. Certains enfants parlent moins, évitent certains mots ou se frustrent lorsqu’on ne les comprend pas.
McLeod et al. (2017) indiquent que les enfants avec un trouble des sons de la parole peuvent présenter des besoins plus larges que la seule articulation, notamment sur le plan de la communication et des apprentissages.
Un trouble des sons de la parole n’entraîne pas automatiquement une difficulté de lecture ou d’orthographe.
Ils présentent néanmoins plus de risques dans les apprentissages écrits, surtout lorsque la conscience phonologique est fragile.
Il peut être utile de consulter si :
Une évaluation permet de distinguer un développement attendu ("des erreurs normales"), un retard ou un trouble des sons de la parole.
Le logopède évalue :
L’intervention peut ensuite viser :
La littérature soutient aussi l’intérêt d’impliquer les parents dans des interventions, à condition que cela soit guidé par le logopède et adapté à l’enfant (Sugden et al., 2016).
Un enfant qui prononce mal certains sons ne le fait pas exprès. Il a besoin de modèles clairs, de temps, de jeux, d’encouragements et parfois d’un accompagnement logopédique.
À la maison, les parents peuvent beaucoup aider :
L’objectif n’est pas une parole parfaite immédiatement. L’objectif est que l’enfant progresse, reste motivé et puisse mieux se faire comprendre.
Si votre enfant présente des difficultés d’articulation, au niveau des sons ou d’intelligibilité, un bilan logopédique peut aider à mieux comprendre ses besoins. J’accompagne les enfants à Tubize, près de Hal et Braine-l’Alleud, pour les troubles des sons de la parole, le langage oral et les difficultés phonologiques.