Logopédie et déficience intellectuelle : quels objectifs peuvent être utiles au quotidien ?

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11/09/2026
Logopédie et déficience intellectuelle : quels objectifs peuvent être utiles au quotidien ?
Découvrez comment la logopédie peut soutenir la communication, la compréhension et le langage grâce à des objectifs concrets et adaptés au quotidien.

 

Deux personnes ayant une déficience intellectuelle peuvent avoir des besoins très différents.

L’une peut parler facilement ; une peut comprendre difficilement une phrase simple. Une autre peut comprendre beaucoup de choses mais avoir du mal à exprimer un besoin. Une troisième peut utiliser quelques mots et avoir besoin d’un autre moyen de communication. Une autre encore peut lire certains mots, mais ne pas comprendre une information écrite dans son quotidien.

C’est pourquoi un accompagnement logopédique ne devrait pas commencer par une méthode toute faite.

La déficience intellectuelle ne se résume pas au QI

Le quotient intellectuel apporte une information sur certaines capacités cognitives. Il ne suffit cependant pas à décrire une personne.

Les déficiences intellectuelles se composent de deux choses :

  • le fonctionnement intellectuel ;
  • le fonctionnement adaptatif.

Le fonctionnement adaptatif correspond aux compétences conceptuelles, sociales et pratiques utilisées dans la vie quotidienne. Il concerne par exemple la communication, certaines tâches de la vie courante ou la manière de fonctionner dans différents environnements.

Ces difficultés apparaissent pendant la période développementale. L’AAIDD précise avant 22 ans. D’autres parlent plus largement pendant l'enfance.

Deux personnes ayant un QI proche peuvent donc avoir des capacités de communication, des points forts et des besoins d’aide très différents.

Le QI ne devrait pas être utilisé seul pour décider ce qu’une personne est capable d’apprendre.

Que peut faire le logopède ?

En Belgique, le logopède est un professionnel paramédical qui intervient notamment dans les troubles du langage, de la parole, de la voix, de l’audition et des fonctions orales.

Lorsqu’une personne présente une déficience intellectuelle, le logopède ne « traite » donc pas la déficience intellectuelle elle-même.

Il peut intervenir lorsque des difficultés relevant de son champ de compétences limitent la communication ou certains apprentissages.

Selon la personne, le bilan peut notamment explorer :

  • la compréhension du langage ;
  • l’expression orale ;
  • le vocabulaire ;
  • la construction des phrases ;
  • l’intelligibilité de la parole ;
  • la phonologie ;
  • la communication avec différentes personnes ;
  • l’utilisation sociale du langage ;
  • les moyens de communication déjà utilisés ;
  • la nécessité éventuelle d’une communication augmentative et alternative ;
  • la lecture ;
  • l’orthographe ;
  • les mathématiques ;
  • ...

Le bilan doit être adapté à la personne

Un test standardisé peut être utile. Il ne répond cependant pas à toutes les questions.

Chez une personne ayant une déficience intellectuelle, il faut aussi s'adapter à ses difficultés.

Par exemple :

  • comprend-elle la consigne ?
  • peut-elle pointer correctement ?
  • voit-elle bien le matériel ?
  • entend-elle correctement ?
  • a-t-elle besoin de plus de temps ?
  • la fatigue influence-t-elle ses réponses ?
  • un choix entre quatre images est-il accessible ?
  • la situation de test reflète-t-elle ce qu’elle sait faire dans la vie quotidienne ?

Un score n’a de sens que si l’on comprend ce qui a réellement été évalué.

Les échelles de Wechsler ou le Stanford-Binet évaluent l’efficience intellectuelle. Ce ne sont pas des tests logopédiques. Le logopède peut utiliser les conclusions d’une évaluation cognitive lorsque celles-ci sont disponibles et pertinentes.

Premier principe : choisir un objectif concret

« Améliorer son langage » n’est pas un objectif suffisamment précis.

Il est plus utile de viser quelque chose que l’on pourra observer.

Par exemple :

  • demander de l’aide ;
  • dire que quelque chose fait mal ;
  • choisir entre plusieurs activités ;
  • comprendre son planning ;
  • demander une pause ;
  • répondre à une question importante ;
  • raconter un événement ;
  • comprendre une consigne de travail ;
  • lire une information utile ;
  • écrire un message court.

La question à poser est : « Qu’est-ce que cette compétence va changer dans sa vie ? »

Cette question aide aussi à établir des priorités.

Une personne peut présenter plusieurs difficultés. Il n’est pas toujours utile de tout travailler en même temps.

Deuxième principe : rendre la communication accessible

Certaines personnes peuvent parler mais ne pas réussir à communiquer tout ce qu’elles souhaitent.

D’autres utilisent peu ou pas la parole.

Dans ces situations, une communication alternative et améliorée, ou CAA, peut être envisagée.

Elle peut comprendre des gestes, des signes, des photos, des pictogrammes, des tableaux, des classeurs ou des dispositifs numériques.

Il n’existe pas de prérequis avant d’envisager une CAA. 

La CAA mérite un article entier. Elle sera donc développée dans un prochain article de cette série.

Troisième principe : adapter les apprentissages

Adapter ne signifie pas tout simplifier.

Cela signifie chercher ce qui permet à la personne de mieux comprendre et de participer.

Selon les besoins, on peut tester :

  • une consigne plus courte ;
  • un exemple concret ;
  • un support visuel ;
  • une tâche divisée en étapes ;
  • davantage de répétitions ;
  • un rythme plus lent ;
  • davantage de temps pour répondre ;
  • un environnement avec moins de distractions ;
  • un matériel lié aux centres d’intérêt de la personne.

Il faut néanmoins rester prudent : une adaptation qui aide une personne peut être inutile pour une autre.

Le professionnel doit vérifier son effet.

Adapter ne signifie pas infantiliser

Un adolescent ou un adulte peut avoir besoin d’une consigne très simple sans avoir envie d’utiliser du matériel destiné à de jeunes enfants.

La difficulté d’une activité et son contenu sont deux choses différentes.

Il est possible de travailler :

  • la compréhension avec une recette ;
  • la lecture avec un horaire ;
  • l’expression avec une discussion sur la musique ;
  • la communication avec une situation professionnelle ;
  • l’orthographe avec un message envoyé à un proche.

Avoir besoin d’aide ne signifie pas devoir être infantilisée.

Quatrième principe : mesurer ce qui change réellement

Une personne peut réussir une activité en séance sans utiliser la même compétence ailleurs.

Elle peut aussi réussir grâce à plusieurs aides du logopède.

Il est donc important de regarder autre chose que le nombre de bonnes réponses.

On peut notamment observer :

  • la fréquence d’une compétence ;
  • sa spontanéité ;
  • le niveau d’aide nécessaire ;
  • les personnes avec lesquelles elle apparaît ;
  • les environnements où elle est utilisée ;
  • sa stabilité dans le temps.

Prenons un exemple simple.

Une personne apprend à demander de l’aide pendant une séance.

Plusieurs questions restent ensuite à poser :

  • Est-ce qu’elle demande de l’aide sans qu’on lui rappelle ?
  • Le fait-elle avec une autre personne ?
  • Le fait-elle à l’école, au travail ou à la maison ?
  • Utilise-t-elle cette compétence lorsqu’elle en a réellement besoin ?

C’est une partie de ce que l’on appelle la généralisation.

Il ne faut pas supposer qu’une compétence se généralisera automatiquement. Il faut l’observer.

Cinquième principe : collaborer avec l’entourage

Les familles connaissent des situations que le logopède ne voit pas.

Elles peuvent expliquer :

  • ce qui fonctionne déjà ;
  • ce qui est difficile ;
  • les situations dans lesquelles la personne communique le mieux ;
  • les outils réellement utilisés ;
  • les objectifs qui comptent pour elle et pour ses proches.

Les enseignants, éducateurs, accompagnants ou professionnels peuvent apporter d’autres informations.

La personne et sa famille sont des partenaires importants dans le choix des objectifs et l’intervention.

Cela ne signifie pas que les parents doivent transformer leur quotidien en séance de logopédie.

Les parents sont les partenaires de leur enfant, pas ses thérapeutes 24 heures sur 24.

Une stratégie proposée à la maison devrait être simple, réaliste et compatible avec la vie familiale.

Faut-il commencer avant un âge précis ?

Non.

En revanche, lorsqu’une difficulté est repérée, il est raisonnable de demander un avis sans attendre inutilement.

La recherche soutient une intervention précoce (dès le plus jeune âge) lorsque des troubles de langage associés à une déficience intellectuelle sont présents.

Il serait également incorrect de laisser penser qu’il devient inutile d’intervenir après l’enfance.

Les besoins changent avec l’âge : communication avec des collègues, compréhension d’informations, relations sociales, autonomie dans certains échanges ou utilisation de l’écrit.

Que savons-nous chez les adultes ?

Il faut être transparent.

Les besoins de communication des adultes présentant une déficience intellectuelle sont bien réels. Les recommandations prévoient une intervention à l’adolescence et à l’âge adulte lorsque la communication limite la participation.

Une méthode unique et efficace n'existe pas pour les adultes présentant une déficience intellectuelle.

C’est une raison supplémentaire pour :

  • choisir des objectifs précis ;
  • mesurer les changements ;
  • réévaluer régulièrement ;
  • modifier l’intervention si elle n’apporte pas de bénéfice utile.

Quels signes peuvent rassurer ?

Un accompagnement cohérent comporte souvent plusieurs de ces éléments :

  • les objectifs sont expliqués ;
  • la personne participe à leur choix lorsque c’est possible ;
  • ses compétences sont aussi recherchées ;
  • les consignes sont adaptées ;
  • les supports respectent son âge et ses intérêts ;
  • une CAA est envisagée si la communication actuelle ne suffit pas ;
  • le niveau d’aide est observé ;
  • les progrès sont recherchés dans la vie quotidienne ;
  • l’entourage est écouté ;
  • une stratégie peut être abandonnée si elle n’aide pas.

Quels discours méritent d’être questionnés ?

Il est raisonnable d’être prudent lorsqu’un professionnel :

  • promet d’augmenter le QI ;
  • promet l’apparition de la parole ;
  • refuse la CAA parce qu’elle « empêcherait de parler » ;
  • propose exactement le même programme à tout le monde ;
  • choisit les objectifs à partir du seul diagnostic ;
  • utilise un matériel infantile sans raison avec un adolescent ou un adulte ;
  • ne peut pas expliquer ce qu’il cherche à améliorer ;
  • confond obéissance et communication ;
  • promet un résultat dans un délai précis sans pouvoir le justifier.

Comment préparer un premier rendez-vous ?

Vous pouvez noter :

  1. Ce que la personne communique déjà facilement.
  2. Ce qu’elle aimerait pouvoir communiquer plus facilement.
  3. Ce qu’elle comprend bien.
  4. Les situations les plus difficiles.
  5. Une évolution concrète que vous aimeriez observer.

Vous pouvez également apporter, lorsqu’ils existent :

  • les bilans précédents ;
  • le moyen de CAA utilisé ;
  • quelques exemples de messages ou supports ;
  • les informations médicales pertinentes.

Vous recherchez un logopède à Tubize ?

Maxime Trésinie, logopède à Tubize, accompagne des adolescents et des adultes présentant une déficience intellectuelle dans les domaines qui relèvent de sa pratique.

Le premier rendez-vous peut servir à comprendre ce qui fonctionne déjà, les difficultés rencontrées et les objectifs de communication ou de langage qui pourraient avoir une utilité concrète.