Deux personnes ayant une déficience intellectuelle peuvent avoir des besoins très différents.
L’une peut parler facilement ; une peut comprendre difficilement une phrase simple. Une autre peut comprendre beaucoup de choses mais avoir du mal à exprimer un besoin. Une troisième peut utiliser quelques mots et avoir besoin d’un autre moyen de communication. Une autre encore peut lire certains mots, mais ne pas comprendre une information écrite dans son quotidien.
C’est pourquoi un accompagnement logopédique ne devrait pas commencer par une méthode toute faite.
Le quotient intellectuel apporte une information sur certaines capacités cognitives. Il ne suffit cependant pas à décrire une personne.
Les déficiences intellectuelles se composent de deux choses :
Le fonctionnement adaptatif correspond aux compétences conceptuelles, sociales et pratiques utilisées dans la vie quotidienne. Il concerne par exemple la communication, certaines tâches de la vie courante ou la manière de fonctionner dans différents environnements.
Ces difficultés apparaissent pendant la période développementale. L’AAIDD précise avant 22 ans. D’autres parlent plus largement pendant l'enfance.
Deux personnes ayant un QI proche peuvent donc avoir des capacités de communication, des points forts et des besoins d’aide très différents.
Le QI ne devrait pas être utilisé seul pour décider ce qu’une personne est capable d’apprendre.
En Belgique, le logopède est un professionnel paramédical qui intervient notamment dans les troubles du langage, de la parole, de la voix, de l’audition et des fonctions orales.
Lorsqu’une personne présente une déficience intellectuelle, le logopède ne « traite » donc pas la déficience intellectuelle elle-même.
Il peut intervenir lorsque des difficultés relevant de son champ de compétences limitent la communication ou certains apprentissages.
Selon la personne, le bilan peut notamment explorer :
Un test standardisé peut être utile. Il ne répond cependant pas à toutes les questions.
Chez une personne ayant une déficience intellectuelle, il faut aussi s'adapter à ses difficultés.
Par exemple :
Un score n’a de sens que si l’on comprend ce qui a réellement été évalué.
Les échelles de Wechsler ou le Stanford-Binet évaluent l’efficience intellectuelle. Ce ne sont pas des tests logopédiques. Le logopède peut utiliser les conclusions d’une évaluation cognitive lorsque celles-ci sont disponibles et pertinentes.
« Améliorer son langage » n’est pas un objectif suffisamment précis.
Il est plus utile de viser quelque chose que l’on pourra observer.
Par exemple :
La question à poser est : « Qu’est-ce que cette compétence va changer dans sa vie ? »
Cette question aide aussi à établir des priorités.
Une personne peut présenter plusieurs difficultés. Il n’est pas toujours utile de tout travailler en même temps.
Certaines personnes peuvent parler mais ne pas réussir à communiquer tout ce qu’elles souhaitent.
D’autres utilisent peu ou pas la parole.
Dans ces situations, une communication alternative et améliorée, ou CAA, peut être envisagée.
Elle peut comprendre des gestes, des signes, des photos, des pictogrammes, des tableaux, des classeurs ou des dispositifs numériques.
Il n’existe pas de prérequis avant d’envisager une CAA.
La CAA mérite un article entier. Elle sera donc développée dans un prochain article de cette série.
Adapter ne signifie pas tout simplifier.
Cela signifie chercher ce qui permet à la personne de mieux comprendre et de participer.
Selon les besoins, on peut tester :
Il faut néanmoins rester prudent : une adaptation qui aide une personne peut être inutile pour une autre.
Le professionnel doit vérifier son effet.
Un adolescent ou un adulte peut avoir besoin d’une consigne très simple sans avoir envie d’utiliser du matériel destiné à de jeunes enfants.
La difficulté d’une activité et son contenu sont deux choses différentes.
Il est possible de travailler :
Avoir besoin d’aide ne signifie pas devoir être infantilisée.
Une personne peut réussir une activité en séance sans utiliser la même compétence ailleurs.
Elle peut aussi réussir grâce à plusieurs aides du logopède.
Il est donc important de regarder autre chose que le nombre de bonnes réponses.
On peut notamment observer :
Prenons un exemple simple.
Une personne apprend à demander de l’aide pendant une séance.
Plusieurs questions restent ensuite à poser :
C’est une partie de ce que l’on appelle la généralisation.
Il ne faut pas supposer qu’une compétence se généralisera automatiquement. Il faut l’observer.
Les familles connaissent des situations que le logopède ne voit pas.
Elles peuvent expliquer :
Les enseignants, éducateurs, accompagnants ou professionnels peuvent apporter d’autres informations.
La personne et sa famille sont des partenaires importants dans le choix des objectifs et l’intervention.
Cela ne signifie pas que les parents doivent transformer leur quotidien en séance de logopédie.
Les parents sont les partenaires de leur enfant, pas ses thérapeutes 24 heures sur 24.
Une stratégie proposée à la maison devrait être simple, réaliste et compatible avec la vie familiale.
Non.
En revanche, lorsqu’une difficulté est repérée, il est raisonnable de demander un avis sans attendre inutilement.
La recherche soutient une intervention précoce (dès le plus jeune âge) lorsque des troubles de langage associés à une déficience intellectuelle sont présents.
Il serait également incorrect de laisser penser qu’il devient inutile d’intervenir après l’enfance.
Les besoins changent avec l’âge : communication avec des collègues, compréhension d’informations, relations sociales, autonomie dans certains échanges ou utilisation de l’écrit.
Il faut être transparent.
Les besoins de communication des adultes présentant une déficience intellectuelle sont bien réels. Les recommandations prévoient une intervention à l’adolescence et à l’âge adulte lorsque la communication limite la participation.
Une méthode unique et efficace n'existe pas pour les adultes présentant une déficience intellectuelle.
C’est une raison supplémentaire pour :
Un accompagnement cohérent comporte souvent plusieurs de ces éléments :
Il est raisonnable d’être prudent lorsqu’un professionnel :
Vous pouvez noter :
Vous pouvez également apporter, lorsqu’ils existent :
Maxime Trésinie, logopède à Tubize, accompagne des adolescents et des adultes présentant une déficience intellectuelle dans les domaines qui relèvent de sa pratique.
Le premier rendez-vous peut servir à comprendre ce qui fonctionne déjà, les difficultés rencontrées et les objectifs de communication ou de langage qui pourraient avoir une utilité concrète.