Lorsqu’un enfant a une dyslexie, une question revient souvent chez les parents : faut-il encore travailler la lecture à la maison ?
La réponse n’est ni « oui, tous les jours », ni « surtout pas ».
Quelques activités peuvent être utiles lorsqu’elles correspondent au niveau de l’enfant et aux objectifs travaillés. Mais multiplier les fiches, les lectures chronométrées ou les exercices trouvés sur Internet n’est pas nécessairement bénéfique.
À la maison, cependant, le parent n’a pas à reproduire une séance de logopédie.
Quelques principes permettent déjà d’éviter beaucoup d’erreurs :
Il n’existe pas davantage de « limite absolue de 20 minutes » propre à la dyslexie.
L’intensité nécessaire dépend notamment de l’objectif, du niveau de l’enfant et de l’intervention proposée. La recherche montre d’ailleurs que les effets d’une intervention ne peuvent pas être résumés à une simple durée quotidienne.
À la maison, une meilleure question serait donc : « Quelle petite compétence souhaitons-nous revoir aujourd’hui ? »
Cela peut être une correspondance entre une lettre et un son, deux mots à construire, une phrase à relire ou un mot nouveau découvert dans une histoire.
Certains jours, cela prendra trois minutes. D’autres fois, davantage.
Et certains jours : rien du tout.
La conscience phonologique désigne la capacité à réfléchir aux sons de la parole. Mais toutes les activités la travaillant ne correspondent pas au même niveau.
Faire des rimes, découper chocolat en syllabes et décomposer fil en /f/ – /i/ – /l/ sont trois tâches différentes.
Pour l’apprentissage de la lecture, le travail portant directement sur les sons est particulièrement intéressant (les autres le sont également ; ils ne seront pas détaillés ici). La fusion et la segmentation des sons font partie des compétences pour lesquelles des effets positifs ont été retrouvés chez les enfants présentant des difficultés de lecture. Il est également conseillé d’intégrer les lettres à ce travail.
Concrètement :
Trouver le premier son
« Quel son entends-tu au début de moto ? »
Fusionner
« Écoute : /m/… /a/. Qu’est-ce que ça donne ? »
Segmenter
« Quels sons entends-tu dans fil ? »
Manipuler
Plus tard : « Dans fil, remplace /f/ par /v/. Quel mot obtiens-tu ? »
Si l’enfant ne comprend plus ce qu’il doit faire, donnez un exemple ou revenez à une activité plus simple. N'hésitez pas aussi à demander conseil à votre logopède.
L’enfant doit progressivement comprendre et automatiser les relations entre les graphèmes, c’est-à-dire les lettres ou les groupes de lettres, et les phonèmes, c’est-à-dire les sons.
Cela peut paraître très simple :
m → /m/
Mais cette connaissance doit ensuite être suffisamment disponible pour lire :
m + a → ma
puis :
m + u + r → mur
À la maison, inutile de travailler vingt correspondances à la fois. Reprenez plutôt celles qui sont actuellement travaillées ou déjà rencontrées.
Les lettres mobiles sont intéressantes pour une raison très simple : elles permettent à l’enfant (TDC ou dyspraxique par exemple) de manipuler l’orthographe sans devoir gérer en même temps le geste d’écriture.
Vous pouvez découper quelques lettres dans du papier.
Dites fil.
Demandez :
« Quel son entends-tu en premier ? »
Puis construisez progressivement :
f – i – l
L’enfant peut déplacer, retirer ou remplacer une lettre.
Ce matériel n’est pas « meilleur pour le cerveau » parce qu’il est tactile. Son intérêt dépend surtout de ce que vous en faites.
Une progression utilisant des structures simples peut être intéressante.
Des mots comme sac – fil – bol – mur sont des exemples de mots avec une syllabe CVC (consonne-voyelle-consonne).
À l’inverse, maman, papa et patate ne sont pas des mots ayant une syllabe CVC.
L’objectif n’est pas non plus de faire lire de longues colonnes. Quelques mots correctement choisis peuvent suffire.
Si l’enfant commence à deviner tous les mots à partir de leur première lettre, la tâche mérite d’être adaptée.
Non.
Le chiffre de 90 % ne constitue pas une règle thérapeutique universelle de la dyslexie.
La logique pertinente est plus simple : proposer une activité dans laquelle l’enfant peut réussir une part importante de la tâche, tout en rencontrant un petit défi.
Imaginons qu’un mot soit trop difficile.
Vous pouvez :
donner le premier son ; isoler une lettre ; lire une partie du mot ; revenir à la syllabe ; construire le mot avec l’enfant.
Cette aide temporaire correspond au principe d’étayage.
Lorsqu’elle n’est plus nécessaire, elle est progressivement retirée.
Lorsque le décodage devient suffisamment accessible, certaines formes de lecture accompagnée ou répétée peuvent être proposées.
Par exemple :
Lecture en écho
Le parent lit une phrase. L’enfant relit la même phrase.
Lecture alternée
L’adulte lit une partie et l’enfant une partie.
Petite relecture
L’enfant relit une deuxième fois un passage très court déjà découvert.
L’orthographe mérite également un travail explicite et ciblé.
À la maison, cela peut être : entendre un mot ; le décomposer en sons ; rechercher les lettres ; construire le mot ; puis éventuellement l’écrire.
Il vaut mieux écrire trois mots correspondant à un objectif est plus cohérent qu’une dictée de quinze mots remplie de difficultés différentes.
C’est une des idées les plus répandues autour de la dyslexie.
Un enfant peut parfaitement bénéficier d’un geste, d’une couleur, d’une lettre mobile ou d’un tracé avec sa main.
Mais il faut distinguer :
de :
Dans la grande méta-analyse de Hall et ses collègues, les interventions qualifiées de « multisensorielles » n’obtenaient pas de résultats significativement supérieurs aux interventions qui ne portaient pas cette appellation. Les auteurs soulignent donc qu’on ne dispose pas d’arguments suffisants pour préférer une intervention uniquement parce qu’elle est présentée comme multisensorielle.
Une couleur peut donc servir d’indice.
Un geste peut faciliter temporairement le rappel d’un son.
Une lettre mobile peut permettre une manipulation concrète.
Mais le support ne doit pas faire oublier l’objectif.
Ces outils peuvent tout à fait avoir une place lorsqu’ils sont compris par l’enfant et utilisés dans une progression cohérente.
En revanche, les données actuellement disponibles ne permettent pas de les présenter comme indispensables à tous les enfants dyslexiques ni comme supérieurs en eux-mêmes.
Il est donc préférable de demander au logopède :
plutôt que :
Il n'existe aucun bénéfice fiable des polices spécialement conçues pour la dyslexie sur la vitesse ou la précision de lecture.
OpenDyslexic ne doit pas être présenté comme une police miracle.
Cela ne signifie pas que la présentation du texte est sans importance. Un enfant peut préférer une mise en page plus aérée, une taille plus importante ou une police particulière.
Sa préférence mérite d’être respectée.
Oui.
Mais pas pour le même objectif qu’un exercice de décodage.
Le livre audio permet à un enfant d’accéder à une histoire, du vocabulaire, des connaissances et des textes correspondant à son âge sans que tout dépende de sa capacité à lire.
Trois usages peuvent donc coexister ou être ciblés :
Ce ne sont simplement pas les mêmes objectifs.
Arrêtez ou simplifiez lorsque vous observez notamment :
« Aujourd’hui, on arrête » est une décision parfaitement acceptable.
Un exercice qui détériore durablement la relation parent-enfant a probablement pris trop de place.
Ne partez pas automatiquement du principe qu’il manque de motivation.
Le refus peut vouloir dire :
Vous pouvez proposer une version beaucoup plus simple, reporter l’activité ou simplement lire quelque chose pour lui.
Si le refus devient systématique, transmettez cette information au logopède.
Elle est cliniquement intéressante.
Il s’agit probablement du conseil le plus important de cet article.
Votre enfant peut avoir besoin de davantage d’enseignement explicite.
Il peut avoir besoin de davantage de répétitions.
Il peut également avoir besoin que quelqu’un lui lise une histoire sans lui demander ensuite : « Alors, qu’as-tu compris ? »
La maison ne doit pas devenir une séance de rééducation permanente.
Maxime Trésinie, logopède à Tubize, accompagne des enfants et des adolescents dans le cadre de prises en soin logopédiques.
Lorsqu’un enfant est suivi, les activités proposées à domicile peuvent être discutées en fonction des objectifs travaillés et de son niveau actuel.